L’annonce du président américain, le 6 décembre, a mis le feu aux poudres

ELQODS Jérusalem

Les résultats du vote à l’Assemblée générale de l’ONU, le 21 décembre 2017 à New York


Attendre que l’orage passe. Les Etats-Unis pensent rester un médiateur incontournable entre Israéliens et Palestiniens, mais ils se sont compliqué la tâche avec la décision de Donald Trump sur Jérusalem avant la présentation, d’ici le printemps, de leur plan de paix.
« C’est clairement un moment difficile », estime David Makovsky, du Washington Institute for Near East Policy. Mais, relativise l’ex-diplomate jadis impliqué dans le processus de paix, « il y a déjà eu des hauts et des bas avant cela »: « si j’avais gagné un dollar à chaque fois que quelqu’un a dit +c’est fini, les Américains ont perdu leur rôle de médiateur+… ».
L’annonce du président américain, le 6 décembre, a mis le feu aux poudres: rompant avec la position de ses prédécesseurs et avec le consensus international, il a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël.
Le tollé contre cette décision unilatérale n’a pas tardé, et il est venu notamment de la plupart des alliés de Washington, de l’Arabie saoudite à la Turquie en passant par la France et le Royaume-Uni.
Selon les observateurs, Donald Trump s’est tiré une balle dans le pied. Car l’homme d’affaires se dit par ailleurs déterminé à relancer le processus de paix moribond entre Israéliens et Palestiniens.
Or les Palestiniens ont fait savoir que Washington ne peut plus aspirer au rôle de médiateur. Et leur président Mahmoud Abbas a refusé de rencontrer le vice-président américain Mike Pence lors de son voyage au Proche-Orient, initialement prévu cette semaine mais opportunément repoussé à mi-janvier – officiellement pour des raisons de politique intérieure.
La condamnation de la décision américaine a culminé jeudi à l’Assemblée générale de l’ONU avec l’adoption d’une résolution contre la décision américaine. Un « revers cinglant », a dit à l’AFP l’ambassadeur palestinien à l’ONU Riyad Mansour.
Selon des sources diplomatiques, les Palestiniens espèrent que ce vote leur permettra de peser lors de la prochaine phase.
Car une fois la tempête passée, Washington compte bien reprendre l’initiative.
« Il faut maintenant se concentrer à nouveau sur notre intérêt stratégique », explique Dan Shapiro, ambassadeur en Israël sous l’administration de Barack Obama. « Quelle est la stratégie américaine pour mettre fin à ce conflit, parvenir à deux Etats? », demande-t-il sur Twitter.
Au sein de l’administration américaine, on se veut confiant. La décision sur Jérusalem n’aura in fine qu’un impact limité, assurent des responsables, persuadés que les dirigeants du monde arabo-musulmans condamnent Washington pour satisfaire leur opinion publique, mais sont prêts à tourner la page.
Donald Trump compte sur son gendre et proche conseiller Jared Kushner pour réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoué. Sa petite équipe, chargée de relancer les négociations de paix, a beaucoup voyagé au Moyen-Orient ces derniers mois, et beaucoup écouté tous les acteurs, gagnant souvent leur respect, rapportent des sources diplomatiques.
Sans rien laisser filtrer de ses idées, si ce n’est l’intention de parier sur une vaste évolution des dynamiques régionales et sur un rapprochement entre les pays sunnites, menés par l’Arabie saoudite, et Israël, censés s’allier face à l’Iran chiite, l’ennemi commun.
Initialement attendue vers janvier, la présentation du plan de paix de Jared Kushner a dû être repoussée vers la fin du premier trimestre 2018, le temps de laisser retomber la poussière.
Les Etats-Unis pourront-ils à ce moment-là retrouver leur rôle naturel de médiateurs?
Malgré leur hostilité à la décision sur Jérusalem, plusieurs de leurs alliés le pensent.
Après le vote de jeudi, « il est plus important que jamais de rassembler la communauté internationale autour des paramètres agréés du processus de paix, ce qui inclut bien sûr les Etats-Unis dont chacun sait le rôle et le poids particuliers sur ce dossier », a déclaré à l’AFP l’ambassadeur de France à l’ONU François Delattre.
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, de passage en début de semaine à Washington, s’est montré rassuré d’apprendre que Jared Kushner entendait bien présenter prochainement son « initiative ».
Et la Première ministre britannique Theresa May a souligné, lors d’une conversation avec Donald Trump, « l’importance que les Etats-Unis présentent de nouvelles propositions pour la paix qui soient soutenues par la communauté internationale ».
Quand Jared Kushner et l’émissaire américain Jason Greenblatt présenteront leur plan, « je crois que les Palestiniens vont devoir le prendre au sérieux », estime David Makovsky. D’autant, explique-t-il à l’AFP, que Donald Trump a aussi dit des choses censées les satisfaire, mais qui ont été rendues inaudibles par la polémique sur Jérusalem: à savoir que le statut final de la ville, les frontières et les accords de souveraineté dépendront de la négociation finale entre les deux camps.

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