Ahed Tamimi, la Palestinienne

Une histoire de presque

M.W

Ahed Tamimi, la Palestinienne la plus célèbre du moment. Tellement célèbre qu’elle a presque fait oublier Al-Qods et remisé la colère de la rue arabe dans le carton plein des rendez-vous ratés avec l’Histoire.

Les médias occidentaux ont fait de cette adolescente, de presque 17 ans, une icône parce qu’elle fait presque Européenne avec ses yeux verts et sa tignasse blonde. Elle a été décorée par Erdogan et reçue au Parlement européen. Elle passe bien, mieux, dans les médias français que si elle était brune, les cheveux noirs, l’air typiquement arabe. C’est aussi ça l’histoire tragique de la Palestine et du monde arabe. Une histoire de presque, à chaque fois reportée puis oubliée comme presque toujours. La gamine a fait oublier, malgré elle, la décision triviale de Trump de délocaliser l’ambassade américaine à Al-Qods. Ce n’est pas de sa faute, elle était dans sa logique de résistante, seule, les mains nues, gifler un soldat de la redoutable Tsahal. Elle a suppléé à la démission des régimes et à la désertion des Arabes. Ahed Tamimi, keffieh sur l’épaule, est une résistante tout comme Barghouti ou Hanneya. Mais les autres croupissent soit en prison soit sont une cible ambulante pour les tueurs du Mossad. Elle, elle est mignonne, elle est presque parfaite pour les médias et en plus, en parlant d’elle on ne parle pas du plus important. Un clou chasse un autre, aussi vrai dans une vie amoureuse que dans la logique cynique du monde de l’information.

Content de tenir un sujet à fort audimat, on oublie l’essentiel. Pourquoi Ahed a giflé l’uniforme ? L’histoire de Ahed résume merveilleusement bien la tragédie palestinienne, violée dans son intimité par le tuteur légal. Vendue par les Bédouins du désert aux Anglais, elle a été offerte en compensation au peuple élu par suffrage universel. Comment peut-on décemment attendre d’un marchand de tapis de protéger les propriétaires légitimes de la terre qu’on a cédée gratuitement contre une bénédiction séculaire ?

Yasser Arafat a eu tout faux lorsqu’il a inscrit le combat de son peuple sur l’agenda dépassé du monde arabo-musulman, lui qui aurait dû donner une tout autre dimension à la lutte contre Israël. Mais voilà, ce ne fut pas la seule erreur de casting de Abou Ammar et l’Histoire ne fait pas de cadeau, pas comme les adorateurs de chameaux. Ahed Tamimi est toujours placée en garde à vue alors qu’on appelle à son lynchage du côté de Tel-Aviv.

La Nakba se poursuit et aujourd’hui plus que jamais on est tous Ahed.

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