«Je n’ai pas de téléphone portable. Et après ?»

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Vous ne les verrez jamais avec un téléphone portable. Les tablettes, ordinateurs, Smartphones, des mots qui ne veulent rien dire pour eux. Etre traités par les autres de «has been» et de «périmés» ne les dérange nullement.

Ils s’en fichent comme d’une guigne. Même s’ils passent pour des extraterrestres aux yeux des autres, ils n’en ont cure. Selon leurs dires, posséder un téléphone portable c’est dire adieu à la paix et bonjour aux ennuies. Une entrave à la liberté au nom du progrès qu’ils refusent de cautionner. La vague des nouvelles technologies les laisse indifférents. Ces réfractaires ont 40 ans et plus. En voici un échantillon.
WALID, 50 ans
«J’ai toujours refusé d’avoir un cellulaire. Ce n’est que dernièrement, sur insistance de mes enfants qui s’inquiétaient de ne pas pouvoir me joindre, que je me suis équipé d’un téléphone. Un Nokia 33.10, hatba , comme on dit chez nous. Un ancien modèle, avec zéro application. Au moins je ne risque pas de me le faire voler dans la rue. J’ai une sainte horreur de ces bidules sophistiqués qui renferment toute votre vie : photos, messages, mails…. On peut se les faire arracher dans la rue ou les oublier dans un taxi et voilà notre vie privée livrée en pâture ! Mon vieux portable, j’en suis tellement détaché que j’oublie souvent de le prendre avec moi. Etrangement, je me sens plus relax. Je sais que ma femme ne va pas me téléphoner dix fois pour me demander de lui acheter ceci ou cela, ou s’enquérir de l’endroit où je me trouve.»
Jaouad, 67 ans
«Ne me demandez pas mon numéro de portable, je n’en possède pas. En revanche, je suis joignable sur mon téléphone fixe. Lorsque je vois toutes ces personnes déambuler dans les rues leur téléphone greffé à l’oreille, racontant leur vie, je reste songeuse. Les effets pervers de la technologie sont là. Il y a un abus d’utilisation de ces moyens de communication, sinon comment expliquez- vous que les parents et les enfants ne communiquent plus au sein d’une même famille. Chacun est dans son coin à pianoter sur un clavier ou à papoter au téléphone. Aux yeux des autres je suis bizarre : «Comment ? Tu ne possèdes pas un téléphone portable ?» s’exclame-t- on. Je réponds toujours : «Et comment faisait-on avant ?» Je me sens plus tranquille sans ce bidule qui sonne à tout bout de champ. Dans la rue, au restaurant, chez les amis…, il y a toujours quelqu’un pour vous déranger. A mes yeux, avoir un cellulaire c’est se compliquer la vie. Je vis parfaitement bien sans cet appareil et je compte bien continuer ainsi.»
KAMEL, 52 ans
«J’ai bien un téléphone, mais c’est un ancien modèle. Un vieil appareil qui ne paye pas de mine et qui provoque les railleries de mes deux ados à chaque fois que je l’extirpe de mon sac. Mes fils me reprochent d’être ringarde, mais moi je m’en fiche complètement. Mon vieux téléphone est fonctionnel. Je peux donner des appels, en recevoir et envoyer des textos. Je ne l’exhibe ni pour en mettre plein la vue aux autres ni pour attirer les voleurs à la tire. En plus, je ne l’utilise qu’en cas de nécessité. Je suis loin d’être pendue tout le temps à ce bidule. Je privilégie plutôt les rencontres. J’ai observé que ces nouveaux moyens de communication nous déshumanisent. Même pendant l’Aïd, on ne se rend plus visite. On se contente d’un petit message vite expédié et l’affaire est pliée. Même réunis sous le même toit, les membres d’une même famille sont déconnectés entre eux. Ils préfèrent les réseaux sociaux qui sont une perte de temps et une source d’ennuis.»
HASSINA, 62 ans
«Payer une fortune un bidule téléphonique et risquer de me faire agresser pour me l’arracher des mains, dans la rue, non merci. J’ai bien un vieux téléphone pourri, avec un écran fêlé que je prends de temps en temps mais il ne sonne pratiquement jamais. Mes copains me charrient et je les amuse parfois en faisant glisser mon doigt sur le cadran pour imiter leurs Smartphones. Vous ne pouvez pas imaginer la liberté que je ressens à ne pas être dépendant de ces machins. Entre les sonneries intempestives des notifications, viber, skype, il y a de quoi perdre la tête. C’est de la pure aliénation ! Tout le monde est drogué à cet univers virtuel. Chacun épie la vie des autres, commente tout et n’importe quoi et étale ses états d’âme sans aucune retenue. Je suis contre tout ce déballage qui n’apporte que des problèmes. Lorsque j’entends toutes les histoires qui se racontent sur les déviations des réseaux sociaux, je me dis que je suis bien ainsi.»Les réfractaires aux nouveaux moyens de communication ont leur propre philosophie de la vie. Pas d’ordinateur ni de téléphone portable pour encombrer leur quotidien. Face à ce tourbillon de communications qui sépare les êtres plus qu’il ne les rapproche, ils assument leurs choix, quitte à être taxés de «has been». Et si c’était eux qui avaient raison ?

 

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