Dieu est grand et son dessein ne peut être que grandiose nous concernant.

Il pleut sur ma ville. Le désespoir est de sortie ce soir. Le temps y est peut-être pour quelque chose. Et puis, la ligne 9, de ce côté-ci, n’est pas la plus joyeuse qui soit. A la station Croix de Chavaux, des hommes sans abris y ont élu domicile depuis plusieurs années. Ils restent dormir là, jusqu’à ce que les agents de la RATP viennent  les virer.

Touche d’espoir. 21h30. Dans le Quick de la Croix de Chavaux, il n’y a pas foule en ce dimanche pluvieux. Seuls un groupe de blédard et quelques lascards de la Cité de l’Espoir commandent leur casse-dalle. La Cité de l’Espoir (sic). Cet ensemble de bâtiments c’est en fait, tout, sauf de l’espoir.
J’ai rendez-vous avec un très bon ami ce soir. Omar. Il est là devant le fast-food. Doudoune et écharpe autour de la bouche. Le kit indispensable pour tenter de contrer le froid glaciale de la soirée.
Sans attendre d’être gelé sur place, on pénètre à l’intérieur du restaurant.

En nous découvrant, je remarque, en plus du style jean-pull d’Omar, qu’il a passé un coup de tondeuse au niveau de la barbe. Celle-ci, est impeccablement taillée. « C’est plus facile, si je veux trouver du travail ». Nous prenons nos boissons et partons nous asseoir dans un coin.

Omar a travaillé ces trois dernières années, dans le milieu de la restauration rapide. Plus précisément des chickens. Ces kebabs, revisités à la mode du XXI ème siècle, qui proposent des sandwichs à base d’émincés de poulet marinés dans du curry ou tandoori. Trois années en tant que gérant, trois années à courir derrière les fournisseurs, trois années à courir derrière une paye de misère. Trois années de souffrance physique. Mais aussi et surtout de souffrance mentale.

Un nuage de fumée. Omar vient de quitter ce milieu le mois dernier. Cela faisait un an qu’il était au bord de l’implosion. Et pour cause, entre son travail et la vie du quartier, il y a de quoi péter un plomb.
Sous couvert de pilosité et de djellaba, l’hypocrisie s’épanouissait quotidiennement dans les restaurants où il travaillait. Entre le patron qui ne le payait pas, les magouilles et les travers moraux de beaucoup de ces faux barbus tout juste sortis pour certains d’une vie de délinquants. La coupe était pleine. Ajoutez à cela, en dehors des journées de 12 h ( 1 h était déclarée uniquement ) tous les aspects négatifs d’un quartier populaire. Un quartier où les trafics en tous genres se développent. Trois années dans ce cercle. Trois années, la tête dans le guidon. Trois années où votre environnement s’accapare votre vie sans que vous vous en rendiez compte. Un travail qui vous aliène le corps et l’esprit. Oubliez vos rêves, vos projets.
Et une fois chez vous, personne pour vous relever. Non pas que les gens soient mal intentionnés. Non. Tout simplement, eux aussi sont plongés dans un quotidien difficile et peinent à s’en sortir. Pendant ce temps, d’autres se plongent dans un nuage de fumée. D’autres, extérieurs au quartier, viennent commenter. Prendre le prétexte d’un fait divers pour enfoncer encore plus un clous déjà bien rouillé…

Saisons blanches et sèches. Omar, a perdu trois années de sa vie dans un travail où il ne s’épanouissait pas. Avec des charlatans. Forcé d’une part à maintenir le cap pour subvenir à des impératifs matériels. D’autre part, l’environnement malsain où il évoluait n’arrangeait en rien sa situation. Si tu vis dans ce genre de coin malfamé tu approuveras d’un hochement de tête.
Si vous ne comprenez pas le cercle vicieux que je décris, imaginez que vous tourniez en rond autours d’un poteau, avec les gens de votre environnement proche, et qu’une fois étourdis vous vous percutiez les uns, les autres. Malgré le choc, vous continuez votre manège.

Ceci est un appel à l’action. Un appel à dépasser nos conditions matérielles et le cadre que l’on nous a tracé arbitrairement. Un appel à se donner à fond, à souffrir, pour réaliser nos rêves. Souffrir et patienter dans le doute. Souffrir et encaisser dans le doute. Dieu est grand et son dessein ne peut être que grandiose nous concernant. Sabali

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