« LE BLANCHIMENT DES TROUPES COLONIALES »,

https://youtu.be/KdDM3YUy4ns

« LE BLANCHIMENT DES TROUPES COLONIALES », LE RENVOI ET LE REMPLACEMENT DES SOLDATS NOIRS VENUS D’AFRIQUE PAR DES RECRUES BLANCHES POUR LA DERNIÈRE ÉTAPE DE LA LIBÉRATION » »Pour le defilé de la victoire « 

 

 

 

Decerner,  la Légion d’honneur à 300 combattants d’Afrique. Parmi eux Abdelhadi Ben Rahalat, ancien goumier marocain âgé de 81 ans. Avec deux de ses frères, dont l’un est mort à la bataille du Monte Cassino, il a participé à la campagne d’Italie, puis il a débarqué en Provence. Durant la bataille des Vosges, un tir de mortier lui a arraché la main droite. Il n’est revenu au Maroc qu’en 1946, après presque quatre ans de combats. Aujourd’hui, sa retraite de combattant est de 225 euros par trimestre soit un tiers de celle touchée par un Français ayant les mêmes états de service, selon la Ligue des droits de l’homme. Pourquoi cette différence ? Les soldats africains et nord-africains ont été soumis pendant longtemps à un statut distinct de celui des militaires français. Jusqu’en 1912, leur recrutement s’effectue exclusivement par engagement volontaire. Ils reçoivent solde et prime d’engagement mais ils ne peuvent dépasser le grade de lieutenant et, à grade égal, le commandement revient toujours à un Français. En 1912 et 1913 des décrets augmentent la durée des services ainsi que la prime d’engagement et le taux des retraites. Par ailleurs, la conscription est étendue au continent africain, mais seule une petite fraction de la classe d’âge est appelée en temps de paix, généralement par désignation ou tirage au sort effectués par les chefs de village. Pour les jeunes Africains désignés, le service est de trois ans alors que les Français de métropole sont soumis à deux ans seulement. Après la Première Guerre mondiale, l’importance de l’effort militaire africain amène une évolution très lente du statut de ces soldats. Des chefs militaires et des parlementaires souhaitent la stricte égalité devant les obligations militaires et veulent ouvrir la citoyenneté française aux musulmans d’Algérie qui se sont battus pour la France. Mais l’égalisation des statuts se heurte aux pressions des colons d’Afrique du Nord, et les soldats n’obtiennent que quelques avantages : les primes d’engagement sont augmentées et, surtout, les pensions de retraite sont alignées sur celles des soldats français. Cependant, les musulmans ne peuvent accéder à la citoyenneté française que s’ils renoncent à leur « statut personnel », c’est-à-dire s’ils acceptent les règles du droit civil français concernant en particulier la condamnation de la polygamie et la réglementation du divorce. Après la Seconde Guerre mondiale, le GPRF et les gouvernements de la IVe République poursuivent officiellement dans cette voie d’unification des statuts : la citoyenneté française peut enfin être obtenue sans renoncer au statut personnel. Théoriquement, soldats d’Afrique et de métropole disposent des mêmes droits et sont soumis aux mêmes devoirs. Pourtant l’après-guerre amène de nombreuses désillusions. A la fraternité d’armes se substitue très vite une certaine méfiance : les musulmans, dont certains sont restés prisonniers après la défaite de 1940 dans des Frontstalag (camps de prisonniers), ont été la cible de propagandes diverses, entre autres celles orchestrées par le IIIe Reich. Leur loyauté est parfois remise en cause et ils doivent subir interrogatoires et brimades. Puis viennent des nouvelles de désobéissances collectives, voire de soulèvements : le 11 novembre 1944, des soldats africains du camp de Monshire (banlieue de Liverpool) protestent par une grève collective contre la ségrégation dont ils sont victimes. Le 1er décembre à Thiaroye (banlieue de Dakar), des tirailleurs sénégalais qui n’ont reçu ni arriéré de solde ni prime de démobilisation se soulèvent. Le commandement français ouvre le feu, faisant 35 morts et 35 blessés graves (Historia n° 711). A Sétif, le 8 mai 1945, une cérémonie à la mémoire des morts de la guerre tourne au massacre. A Madagascar, les premiers troubles de la guerre d’indépendance sont le fait d’hommes fraîchement rapatriés. A Oran, des soldats séquestrent leurs officiers. Le ministre des Armées Edmond Michelet tente d’accélérer le rapatriement, allant jusqu’à réquisitionner l’armée de l’air. Le 1er juin 1946, il reste encore 25 450 soldats indigènes à rapatrier. Les conditions du retour sont désastreuses : ils sont regroupés de longs mois dans des camps de démobilisables où règnent sous-alimentation et promiscuité. Une note du ministère signale qu’au lieu de la tenue prévue, les démobilisés perçoivent pour tout habillement « des effets de rebut pour les Français, les loques pour les indigènes ». Le transport en train d’Allemagne vers les ports méditerranéens dure de trois à six jours. Les hommes sont installés dans des wagons de marchandises non chauffés. Le rapport souligne : « Nourriture insuffisante. Peu de paille, les hommes gèlent. Encadrement insuffisant. » De plus, leur rôle dans la victoire est autant que possible passé sous silence. Et s’ils allaient réclamer le prix du sang en termes de droit à l’autonomie, voire à l’indépendance ? Enfin, ils n’ont guère leur place dans une mémoire nationale en recomposition. Alors que les Français se rassemblent autour du mythe d’une mère patrie « libérée par son peuple » dans le grandiose soulèvement de la Résistance, quelle place leur accorder ? Les officiers qui auraient été les plus enclins à célébrer l’épopée des soldats musulmans étaient ceux de l’Armée d’Afrique, suspectés à la Libération pour leur appartenance à l’armée de Vichy et rejetés par une France qui ne voulait voir que des Français libres ou des résistants de l’intérieur. Même si, à la Libération, la loi leur reconnaît les mêmes droits à pension, les militaires africains démobilisés ressentent alors amèrement l’oubli qui les entoure. Au moment des décolonisations, une loi – dite de cristallisation – votée le 26 novembre 1959 décide que leurs pensions ne seront plus indexables. Dès lors, l’écart avec les anciens combattants français ne cesse de croître. Même si un arrêt du Conseil d’Etat du 12 décembre 2001 contraint la France à procéder à la revalorisation, l’égalisation réclamée par beaucoup est encore loin d’être atteinte : le versement de l’arriéré de ces pensions coûterait à la France près de 1,83 milliard d’euros ! L

 

 

Les soldats d’Afrique Une armée black-blanc-beur

En août 1944, l’armée de terre française compte environ 550 000 hommes, dont plus de la moitié originaire d’outre-mer : 134 000 Algériens, 73 000 Marocains, 26 000 Tunisiens et 92 000 d’Afrique noire. Comment ont-ils été recrutés, quelles sont leurs motivations ?

 

Sa composition L’armée française compte en 1939 seize régiments de tirailleurs algériens, cinq de tirailleurs tunisiens et cinq de tirailleurs marocains ; dix-huit régiments de tirailleurs sénégalais ; treize régiments de spahis ; cinquante-sept goums marocains (voir tableau page 52). Recrutés, encadrés et administrés par des officiers du Service des affaires indigènes, les goumiers demeurent cependant des guerriers supplétifs du roi du Maroc, organisés suivant une structure tribale. Ils jouissent d’un statut particulier, recevant notamment non pas une solde, mais des indemnités couvrant leur subsistance et celle de leurs familles. Le tirailleur ou le spahi algérien est un Français de statut coranique, ce qui le place à l’état de soldat indigène, sous la totale dépendance de la France. Ce n’est qu’en renonçant à sa religion qu’il peut devenir citoyen français à part entière. Le tirailleur ou spahi sénégalais est un soldat indigène au service de la France : lui aussi ne peut obtenir la citoyenneté française que sous certaines conditions. Le tirailleur ou le spahi marocain demeurent sujets du roi du Maroc. Idem du tirailleur ou du spahi tunisien, placés cependant plus étroitement sous la dépendance de la France. Aux côtés des tirailleurs, goumiers et autres spahis, l’armée française compte également des régiments de chasseurs d’Afrique, formés dès 1831 en unités de cavalerie. Les régiments de zouaves deviennent un corps exclusivement occidental sous le Second Empire. La Légion étrangère, fondée en 1831 par Louis-Philippe afin de recevoir les étrangers en instance de naturalisation, comprend depuis 1919 des régiments d’infanterie et de cavalerie. Le taux d’officiers et de sous-officiers indigènes est plus élevé dans les troupes algériennes, marocaines et tunisiennes que dans celles d’Afrique noire. On compte quelques lieutenants et capitaines sénégalais, mais la proportion des officiers et sous-officiers européens de l’Armée française d’Afrique, en 1943-1945 est en moyenne de 80 % : le Blanc continue de commander. Son recrutement En théorie, le recrutement de l’ensemble des troupes africaines repose sur l’engagement volontaire. Ce n’est pas toujours le cas en Afrique noire. « Les indigènes à la carrure d’athlète étaient ramassés et attachés par une corde autour des reins avec comme lieu de destination ad patres la boucherie nazie », raconte Théodore Ateba Yene dans Cameroun, mémoire d’un colonisé (L’Harmattan, 1998). Le Malien Bakari Kamian rappelle, dans Des tranchées de Verdun à l’église Saint-Bernard, (Karthala, 2001), « le drame de ces jeunes gens transplantés de la brousse et obligés d’aller se battre des années durant dans des pays et sous des climats totalement inconnus d’eux, dans des sociétés dont ils ignorent totalement la langue, la culture et l’environnement. On imagine toute la tragédie vécue par ces hommes à 98 % analphabètes, parachutés sans transition de la brousse dans la civilisation de l’écriture et jetés en pâture à un ennemi dont le savoir, l’instruction et le développement matériel en font un des peuples pilotes du monde ». Pendant toute la durée du conflit, la conscription, avec possibilité de remplacement, est en vigueur en Tunisie : sont surtout enrôlés les paysans et les plus pauvres des villes. Au Maroc, le volontariat demeure : s’engagent en priorité les paysans et les montagnards berbères. En Algérie, les classes sont mobilisées. Le contingent d’instituteurs d’Afrique du Nord, officiers de réserve habitués à ces populations, sera très efficace pour les encadrer, aux côtés des volontaires de la France libre. Ses motivations L’amour de la France, la solde, le prestige du combattant en uniforme, l’appartenance à un clan sont les motifs essentiels de l’engagement des troupes africaines. Avec l’armée française, ils trouvent une organisation propre à mettre en valeurs leurs qualités guerrières. De nombreux Africains s’engagent en 1943-1944, non seulement pour libérer la France, mais pour que l’Afrique retrouve également sa liberté, tout en restant liée à la « mère patrie colonisatrice ». Issa Cissé, président de l’Office national des anciens combattants du Sénégal, n’affirme pas autre chose : « Si la France est libre, l’Afrique allait être libre. C’est pour cela qu’on s’est enrôlés dans l’armée française. » Son objectif Ce n’est qu’après le débarquement des Alliés sur le sol africain, au cours de l’opération Torch d’octobre 1942, que l’Armée d’Afrique fidèle jusqu’alors au maréchal Pétain se rallie au général de Gaulle. La réunion enfin acquise des forces françaises vers un même objectif, la défaite de l’Axe, ne se passe pas sans heurts : de chaque côté, on se renvoie les combats fratricides de Dakar, du Gabon et de Syrie. Les soldats de l’Armée d’Afrique, fidèles pour l’heure à Vichy présentent les gaullistes comme des « déserteurs », des « aventuriers » et des « mercenaires ». Les FFL leur envoient volontiers du « planqués » ou du « collabos ». Les soldats africains refusent généralement d’entrer dans cette polémique. Ils demeurent fidèles à leurs officiers, qu’ils soient gaullistes ou giraudistes. La nouvelle armée s’articule autour de cinq divisions d’infanterie et trois divisions blindées : 1re division de la France libre, 2e division d’infanterie marocaine, 3e division d’infanterie algérienne, 4e division marocaine de montagne, 9e division d’infanterie coloniale, 1re, 2e et 5e divisions blindées. Il convient d’y ajouter des unités spécialisées comme les parachutistes, le bataillon de choc, le groupe des commandos d’Afrique, des tabors marocains, des commandos de fusiliers marins, ainsi que des régiments d’infanterie non endivisionnés. La 2e DB du général Leclerc représente ainsi un étonnant amalgame de Français libres, d’évadés de France, de soldats de l’Armée d’Afrique. Français de souche ou pieds-noirs, Libanais, Algériens, Marocains, Noirs d’Afrique équatoriale, Indiens des comptoirs, catholiques, protestants, juifs, musulmans, libres-penseurs, anciens combattants des brigades internationales en Espagne, tous possèdent la même volonté de délivrer le territoire national (lire page 52, « Leur campagne de France »). Le bilan des combats sera lourd. L’Armée d’Afrique perdra 60 000 soldats (Occidentaux et Africains), sur les 260 000 soldats et résistants français tombés durant la Seconde Guerre mondiale. Mais cette même Armée d’Afrique peut revendiquer la mise hors de combat de 600 000 soldats de l’Axe (allemands ou italiens), tués, blessés ou prisonniers.

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