Automobile: L’Algérie en quête de leadership africain

Industrie automobile

images (40)La stratégie globale visant à mettre en place une industrie automobile a été évoquée et recommandée par beaucoup d’analystes depuis le début des années 1990. En 2009, le dossier est également évoqué et devait permettre de développer cette industrie, notamment en matière de fabrication de 50% des pièces de véhicules commercialisés en Algérie, ce qui n’est pas le cas puisque, sous l’effet des recettes pétrolières, aucun investissement conséquent n’a été réalisé et aucune politique mise en place jusqu’en 2014 dans ce secteur. Le montage n’était qu’une première phase, notait le ministre de l’Industrie et des Mines en inaugurant le Salon « Alger Industries-2009 ». Actuellement, les investissements dans le domaine de l’automobile sont considérés – même si très tardivement – comme prioritaires dans l’affectation du foncier des zones industrielles et la facilitation d’installation. Après plus d’un demi-siècle de tergiversations, les autorités algériennes ont finalement accordé un intérêt aux opérateurs de cette filière. Les actions visant à encourager l’investissement, tout particulièrement dans le secteur automobile, ont commencé à porter leurs fruits puisque l’Algérie compterait actuellement une centaine de sous-traitants capables d’accompagner le développement de l’industrie automobile et mécanique. Une fièvre, appelée à tord « industrie automobile », semble s’être emparée des responsables politiques algériens ; c’est plutôt une opération de montage de véhicules pendant plusieurs années au bénéfice des constructeurs étrangers qui ont trouvé un créneau d’écoulement de leurs pièces. Le temps perdu au nom d’une politique budgétivore indexée aux recettes pétrolières peut-il réellement être rattrapé ?

Le directeur de la région Maghreb pour le groupe spécialisé dans les statistiques automobile GIPA, le Hetet, a considéré que le marché algérien du service après-vente et de la pièce de rechange avait un bel avenir devant lui au vu de la situation du parc automobile. Il a souligné que l’automobiliste algérien parcourt 20.000 kms par an, soit 62% de plus comparativement aux automobilistes d’un grand nombre de pays développés où l’automobiliste moyen ne dépasse pas les 12.000 kms annuellement. La carence en matière de développement de transports publics fait que dans les pays en développement comme l’Algérie, le recours aux véhicules particuliers est la solution. Ce qui explique l’engouement pour ce genre de transport. Mais, le parc automobile algérien se distingue par sa vieillesse puisque plus de 55% des véhicules en circulation ont plus de 10 ans. Ils sont très mal entretenus et l’état des routes constitue un autre facteur de risque. A travers le monde, l’ambition algérienne d’avoir son industrie automobile suscite un intérêt particulier de la part des investisseurs qui y voient une opportunité économique et commerciale intéressante. La stagnation des ventes en Europe est un autre facteur aidant à cette approche. L’étude du marché de l’automobile algérien permet de souligner une forte croissance au cours des cinq dernières années et que cette tendance devrait se poursuivre puisqu’il reste le deuxième plus grand marché en Afrique. Cet engouement se justifie tant par des coûts salariaux concurrentiels qu’offre l’Algérie (salaires très bas) et de sa localisation géographique stratégique. Dans ce sens, l’Afrique reste un espace où l’avenir de l’automobile est assuré pour encore un demi-siècle si ce n’est plus puisque selon les médias de l’industrie, le taux de motorisation avoisine les 130 véhicules pour 1000 habitants ; soit à peine 25% du taux européen.

Il y a un autre point positif stimulant ce secteur : le soutien du gouvernement à l’investissement qui vise le développement des capacités de production locales afin de freiner les dépenses d’importation et la « réindustrialisation » de l’économie algérienne, en mettant l’accent sur une forte intégration locale. Un autre volet pertinent est à soulever et qui sèmera le doute chez les investisseurs : l’article 52 de la loi de finances 2014 stipule que les concessionnaires automobile sont tenus, dans un délai maximum de trois ans à compter de la date de publication de la LF 2014, d’installer une activité industrielle et/ou semi-industrielle ou toute autre activité ayant un lien avec le secteur automobile. Les concessionnaires qui n’auront pas réalisé l’investissement dans les délais impartis se verront retirer leur agrément. Actuellement, seuls 10 concessionnaires ont déposé des dossiers et les délais fixés sont atteints. Les principales unités d’assemblage de véhicule de tourisme, utilitaires et camion, en projet ou en production, ne sont actuellement qu’au nombre de 10 : à Oued Tlelat, la Renault Symbole est produite à 20 000 exemplaires pour passer à 40 000 en 2017 mais reste le problème de commercialisation vers d’autres pays puisque c’est un assemblage local à consommer localement, drôle d’équation économique. Huyndai commence à produire huit modèles fabriqués par Tahkout Manufacturing Company (TMC) à Tiaret avec une production de 30 000 véhicules annuellement pour arriver à 100 000 unités dans 5 ans. La collaboration entre le groupe Sovac et la firme Volkswagen permettra la mise en place d’une unité d’assemblage à Relizane avec une capacité de production de 12.000 unités durant la première année de son entrée en production, avant d’atteindre 100.000 véhicules/an après cinq ans. Quatre modèles seront assemblées par la future usinev: Volkswagen Golf 7, Seat Ibiza, Skoda Octavia et Volkswagen Caddy. Trois constructeurs automobiles japonais sont intéressés à investir en Algérie Nissan, Suzuki et Toyota qui ont exprimé leur volonté de réaliser des usines d’assemblage. Toyota compte produire 2000 camions Hino annuellement et installer une unité de fabrication de plaquettes et de mâchoires de frein respectivement 200 000 et 100 000 unités. Iveco de Boumerdes produira 1500 unités de véhicule de 3.5 à 7 tonnes ; Nissan compte assembler 25 000 véhicules. Les discussions sont assez avancées avec Peugeot pour le montage de la 301. La SARL, Emin Auto et son partenaire chinois, Jianghuaa Automobiles Corporation (JAC) avec l’aide des Turques prévoit d’assembler 20 000 véhicules utilitaires et les travaux de construction ont débuté dans la wilaya de Ain-Témouchent. Le concessionnaire automobile Alfaw Motor Algérie, représentant officiel du géant chinois Faw Motor Company, a annoncéun important projet dans l’industrie automobile dans la région de Maghnia avec une production de 4000 véhicules par an, essentiellement le Mini-Van 80 et le Truck 80. Le taux d’intégration débute par 15% pour augmenter et atteindre dans 5 ans 30 à 40%, ce qui n’est pas garanti.

Le gouvernement se fixe comme objectif d’atteindre une production nationale de 500 000 unités/an à l’horizon 2020, ce pari sera-t-il gagné ? En l’absence d’informations précises, il est difficile de se prononcer ; le temps nous le dira d’autant plus que le délai imparti aux concessionnaires est écoulé. Le défi ne semble pas relevé puisque les spécialistes estiment que pour une véritable usine de fabrication de voitures il faut une production de 100 000 véhicules/an pour commencer à être rentable. Les unités en cours d’installation ne prévoient dans le moyen terme que 25 à 50 000 unités/an, à condition que le niveau de robotisation soit élevé et que le taux d’intégration dépasse 40% à l’horizon 2020, ce qui n’est pas le cas. Même si ces unités d’assemblage de véhicules se sont engagées à augmenter l’intégration au fur et à mesure pour atteindre une moyenne de 40% à l’horizon 2020 ; la tâche semble difficile et les constructeurs ont devant eux un marché de vente d’éléments d’assemblage. Une bonne nouvelle qui vient répondre à ceux qui ne croient pas au futur de l’industrie automobile algérienne qui est en train de se mettre en place doucement mais sûrement. Les projets industriels en cours créeront, non seulement de la richesse, mais aussi de l’emploi. L’achat de ces véhicules ne sera plus un fardeau pour notre économie, mais une bénédiction qui fera marcher la machine industrielle nationale. Les acheteurs auront un meilleur pouvoir d’achat, vu qu’ils pourront financer leurs véhicules avec des crédits à la consommation. On parle d’usine de fabrication de véhicules alors que, dans les faits, il ne s’agit que d’ateliers d’assemblage (montage) et non de fabrication de voitures. C’est la grande inconnue dans ce dossier : assemblage, montage ou fabrication ? Dans l’immédiat et pour encore quelques années, ce ne sera que de l’assemblage. Un stratagème maîtrisé par les étrangers pour livrer à l’Algérie des véhicules démontés avec la production locale de quelques pièces dérisoires et sans transfert de technologie. De ce fait, l’Algérie ne gagne absolument rien si ce n’est quelques centaines de postes d’emplois par unité d’assemblage. Il ne faut pas se leurrer, les taux d’intégration resteront très faibles vu que les investisseurs algériens ne maîtrisent pas encore les techniques d’usinage des pièces maîtresses de cette industrie. La majorité des propositions faites se résument à un faible taux d’intégration qui ne sont que des mesures d’évitement des conditions réglementaires.

Il faut prendre en compte un redoutable concurrent qu’est le Maroc ainsi que le retard mis par l’Algérie à développer ce secteur et qui reste difficile à combler. Le Maroc s’est engagé sans interruption depuis 1960 dans l’industrie avec l’usine de la Société marocaine de construction automobile, basée à Casablanca, pour l’assemblage des véhicules pour les marques Renault, Peugeot et Fiat avec un taux d’intégration intéressant. La politique mise en place a permis de séduire des constructeurs automobiles comme Renault et Peugeot et s’est traduite par l’implantation de leurs grands fournisseurs de rang 1, tels que les japonais Yazaki pour les câblages, Takata pour les systèmes de sécurité et Sumitomo pour le verre et l’électronique. Cette dynamique a stimulé les fabricants locaux à se développer et passer du rang 2 au rang 1, comme les sociétés Induver (fabricant de verre) et Tuyauto (tubes). Cette activité automobile est devenue le premier secteur à l’exportation, détrônant même la filière des phosphates avec un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros. Renault et ses fournisseurs vont investir près de 10 milliards de dirhams (plus de 900 millions d’euros) au Maroc en vue de bâtir un écosystème industriel. « Ces investissements permettront aux deux usines marocaines de Renault de porter à 65 % le taux d’intégration et ils devraient générer annuellement 20 milliards de dirhams (1,82 milliard d’euros) de revenus », a expliqué Moulay Hafid Elalamy, le ministre marocain de l’Industrie, qui attend la création de 50 000 nouveaux emplois au Maroc. Le renforcement industriel dans le pays se traduit également par un projet d’investissement de PSA Peugeot pour la construction d’une usine d’assemblage de voitures et de moteurs à Kenitra, en pleine zone franche. Ce complexe sera opérationnel à partir de 2019 et aura une capacité annuelle de production de 200 000 véhicules et de 200 000 moteurs à destination de l’Europe et des pays émergents. De nombreux équipementiers seront drainés ainsi qu’un développement de la sous-traitance locale. Un centre d’innovation sur les énergies vertes et le véhicule électrique en Afrique avec plusieurs universités et écoles d’ingénieurs marocaines est en voie de concrétisation. Avec l’essor programmé et planifié depuis longtemps, le Maroc restera un concurrent redoutable pour conquérir le marché africain de l’automobile par l’Algérie. Les autorités marocaines se fixent comme objectif un niveau d’exportation de l’ordre de 9.5 milliards d’euros d’ici à 2020. De ce fait, le Maroc produit deux fois plus de véhicules qu’il n’en achète. Il dispose de 150 usines d’équipementiers et de treize nouvelles usines à Tanger, permettant la création de 5 400 postes. A l’horizon 2020, ce secteur devrait employer 90 000 personnes, dont les deux tiers dans l’industrie et un tiers dans les services. Le Maroc occupe la 31e place dans le classement des 35 plus importants pays assembleurs avec une production de 184.962 véhicules. Le secteur de l’automobile marocain connaît un essor important et devrait assembler 335.045 véhicules en 2017. Année à laquelle le royaume occupera le 19e rang mondial des pays contributeurs à la croissance globale anticipée, devant l’Afrique du Sud (22e place) et la Roumanie (41e place). Le Maroc produit plus de 400 000 véhicules.

Le secteur automobile permet, s’il est pragmatiquement pris en charge, d’engager le pays sur la voie de l’industrialisation et son introduction dans le marché des exportations mondiales. Dans le domaine de l’industrie automobile il suffit, au vu des atouts dont dispose l‘Algérie, de convaincre les responsables des grandes marques de construction automobile de s’installer. La position géographique mitoyenne à l’Europe réduisant les frais de transport, une main-d’œuvre bon marché et la faiblesse du coût de l’énergie (gaz naturel) sont d’autres facteurs incitatifs à l’investissement en Algérie. C’est le deuxième marché africain en matière de consommation automobile, avec plus de 400 000 ventes de véhicules par an, en plus d’un parc automobile de plus de 5.5 millions d’unités. Résolue à réformer son économie et à se libérer du joug pétrolier, l’Algérie a décidé de renforcer son industrie, notamment celle liée à la filière automobile. Il faut s’en féliciter même si c’est avec certaines réserves. Actuellement, les Algériens peuvent acquérir des voitures montées (pas encore fabriquées) localement avec des éléments mécaniques importés.

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