la société dominante doit cesser d’abuser de sa position, abandonne la politique de diviser pour régner pour permettre à la société de se réformer

La bonne politique

 A. D

Afin que l’Algérie n’emprunte pas le pas à l’Égypte puis à la Libye, il faut que la société dominante cesse d’abuser de sa position, abandonne la politique de diviser pour régner pour permettre à la société de se réformer. Car la réduction de son pouvoir d’achat international en creusant les écarts entre ses ressources et les besoins de la société minera sa position et sa légitimité d’exercice. Elle pressent déjà ce danger quand on la pousse pour que son appareil militaire intervienne hors des frontières nationales. Une telle déportation lui apparait comme ne pouvant que favoriser son écartèlement entre un front intérieur et un front extérieur. Mais c’est là encore une faiblesse. Le pôle de stabilité auquel nous aspirons a besoin de communiquer d’autres sentiments de force. En quête de notre voie et dans l’espoir d’y parvenir, la démarche la plus sûre consiste à nous en tenir à la défense de notre cohésion, à la révision des divisions qui la menacent.

L’adoption d’une politique de gestion des divisions de la société, d’acceptation et de contrôle de ses faiblesses, qui s’accentue avec l’échec de la politique de transformation sociale industrialiste, résulte d’une faiblesse et d’une ambition de la société dominante. Elle a voulu préserver une position dominante pour ne pas renoncer à sa vocation externe anti-impérialiste et à la défense de ses intérêts. Elle n’a plus pu incarner l’exemplarité sociale après l’échec de la modernisation socialiste qu’elle a entreprise au moyen d’une dictature. Sa vocation interne s’est effacée devant ses intérêts immédiats. Quoique l’on puisse dire de la société dominante issue de la guerre de libération nationale, la politique de diviser pour régner qu’elle a dû adopter pour poursuivre son combat et défendre ses intérêts, et qu’elle n’est plus en pouvoir de pratiquer, risque de se retourner contre sa position, ses intérêts nationaux, et la cohésion de la société. Car les forces centrifuges qui animent la société et dont elle n’a pas appris à se protéger sont devenues disponibles pour de nouveaux rapports de forces. Elles sont désormais à la recherche d’un nouvel équilibre qu’elles risquent de ne pas contrôler si la bonne politique n’est pas adoptée.

La société doit désormais pouvoir se prémunir contre ses forces centrifuges, la société dominante qui les entretenait ne sera plus en mesure de les contenir. Ces forces-faiblesses que la société dominante a gérées pour préserver sa position dominante et auxquelles la société a donné libre cours pour trouver satisfaction, doivent maintenant être transformées en puissances sociales pour ne pas être destructrices. La société doit apprendre à composer avec ses forces et ses faiblesses, à transformer celles-ci en celles-là en conjuguant ses forces plutôt que ses faiblesses.

Être pareils et différents

Ceux qui pensent qu’il faut être pareils, que l’État représentant de l’intérêt général ne doit avoir à faire qu’à des individus pour s’entendre, se sont mépris. Ne voient-ils pas aujourd’hui que c’est cette politique qui a appauvri la société, cultivé ses faiblesses et livré l’intérêt général à des lobbies qui veulent en profiter ? Le pouvoir ne peut être arrêté que par le pouvoir, nous en faisons l’expérience quotidienne. Vouloir réduire toutes les forces en une seule, c’est ne pas se rendre compte que l’on coupe la branche sur laquelle on voulait asseoir cette force. La différence n’est pas une faiblesse, différer c’est exister disait le sociologue français Gabriel Tarde. Elle est une force et une faiblesse à la fois, selon qu’elle produit ou détruit, multiplie ou réduit. La société peut devenir plus simple ou plus complexe en se divisant. La division comme différenciation est une force, la division comme indifférenciation, réduction à l’identique est une faiblesse si l’on oublie que la société pour se conserver, pour se transformer, va d’un état à un autre. L’indifférenciation devient une force quand elle permet à la société de se saisir comme un tout, quand elle procure à chacun le sentiment d’une égale appartenance. On peut soutenir que la puissance d’une société, de son système social, tient dans cette capacité à se faire et se défaire, pour faire corps adéquat et développer les dispositions nécessaires à la reproduction de son milieu et d’elle-même. Une plus grande différenciation est la condition d’une plus grande composition, mais aussi d’une plus difficile recomposition. Une division/différenciation de la société veut dire multiplication des forces et des faiblesses, accroissement de l’entropie et de la néguentropie disent les lois de la thermodynamique. Le tout est de savoir qui l’emportera, de la vie ou de l’entropie, des forces ou des faiblesses. On a donc tort de dire que la division est faiblesse en général et l’unité force tout simplement. Cela dépend, l’unité peut être réductrice et la division multiplicatrice.

La société dominante, devenue monopoliste, captive de dichotomies/catégories héritées de la période coloniale, a étêté les forces sociales et a cultivé leur opposition. Après l’échec de la socialisation qui légitimait son autoritarisme, elle a joué les forces les unes contre les autres en même temps que leur usure. À défaut de pouvoir accompagner la montée en puissance des forces sociales et leur transformation en forces positives productrices de coopérations. La société a été privée de la capacité de fabriquer ses institutions. Nous continuons à avoir des entrepreneurs, mais pas d’entreprises (A. Benachenhou), des marchands, mais pas d’économie de marché. Le marché et l’entreprise sont d’abord des coopérations. Les marchés coopèrent à l’instauration d’une division du travail sans quoi la compétition manque de base, de cohérence et de raison.

Du reste, être pareils, être identiques ne signifie pas se comprendre, car la qualité de la communication, l’identité du récepteur et de l’émetteur, de leur code, ne suffit pas à faire la qualité de l’échange. Car communiquer pour dire quoi, échanger quoi ? Par contre cela peut signifier compétition et exclusion. Sauf à multiplier les pions comme dans un jeu d’échecs, qui finiront par être jetables.

L’égalité comme indifférence, a été utilisée contre la société et ses collectifs et non comme le deuxième terme du processus de différenciation, le moment unitaire de la vie sociale. Notre pays a hérité de la société française son aversion pour les corps intermédiaires et cela dans l’ignorance de son histoire. Cette aversion expose l’État au pouvoir d’une oligarchie et la société à l’atomisation. Alors qu’être différent et en mesure de composer avec des différences c’est pouvoir changer d’échelle et de composition de forces. D’un certain point de vue, nous ne sommes jamais que des composés. La puissance, la vie qui nous habite, dépend de notre capacité à passer d’un composé à un autre en accroissant l’ordre plutôt que le désordre, la production de vie et d’énergie plutôt que leur dissipation.

La bonne politique

Je soutiendrai donc qu’une bonne politique est une politique d’association et de composition des forces[1]. Le marché et l’entreprise sont deux exemples de compositions de forces sur lesquelles la société n’a pas pris le temps de réfléchir. Elle a adopté sans digérer, parce qu’elle n’avait pas confiance en sa biochimie, ses forces élémentaires. Le capitaine d’industrie n’est pas né de la confrontation du militaire et du fellah. La rencontre n’a pas été suffisamment prise au sérieux. On ne compose pas une entreprise en copiant les institutions d’autres sociétés sans vouloir en faire une force.

L’entreprise moderne, conquérante, est sortie du système féodal, elle a constitué le nouveau territoire, le nouveau fief des temps modernes. Le patron a pris les traits du seigneur (et inversement) dans un nouveau territoire de la division du travail, ils se sont faits les nouveaux leaders des nouvelles unités de combat de la compétition économique. Chaque société ayant ses seigneurs, la composition des forces a donné lieu à des configurations diverses. Donc des seigneurs en tous genres, de type exemplaire, conquérant ou décadent, nordique, rhénanien, français, japonais ou anglo-saxon. Il n’y a pas un modèle d’entreprise, mais des modèles [2]. Ou si la théorie peut en proposer un comme elle l’a fait avec le taylorisme, le fordisme et le toyotisme, il ne peut être qu’imparfait et ne suffit jamais à expliquer le succès industriel ici et là. Il permet une certaine comparabilité qui met en évidence des différences. Celui que je préfère (que l’on m’excuse cette incise personnelle) est de type nordique. Tel que je me le représente, le leader n’est jamais très loin du commun, les séparations jamais étanches ou superficielles.

C’est pourquoi il nous faudra inventer notre entreprise, si nous voulons qu’elle existe. Dans le monde de la compétition, on ne saurait mieux dire : exister c’est différer. Les économistes parlent d’avantage comparatif. De même on ne construira pas un marché en l’abandonnant à des forces aveugles. C’est méconnaître tout l’étayage social et politique qu’il suppose pour monter ses mécanismes et les coordonner. C’est l’abandonner à des forces occultes ou à une oligarchie. Répétons-le, le marché est une coopération avant d’être une compétition.

Dans le contexte de la globalisation actuelle qui se caractérise par une polarisation du marché du travail, une substitution du travail vivant par le travail mort sans que le premier ne s’étende et donc un accroissement des inégalités, une bonne politique est une politique qui ne sépare pas production et répartition, qui n’a pas pour fin la croissance de la production tout simplement, mais qui inclut le plus grand nombre. Car la simple croissance aujourd’hui est surtout celle des inégalités et non plus cette autre automatique d’un temps passé, du bien-être de tous et de la qualité de la vie [3]. À titre d’exemple, on continue dans les pays riches à investir chez soi, dans des placements à rendements nuls ou négatifs, plutôt que d’investir dans le monde, en Afrique ou ailleurs, où les besoins existent et la croissance certaine [4], alors que cela ne peut être durablement soutenu comme le prouve le problème de migrations actuelles.

Autrement dit, elle est une politique qui soumet l’efficacité à l’équité, la production à une répartition équitable du revenu. Répétons-le, la globalisation actuelle a mis en évidence le fait que le processus de concentration du capital est un processus mondial de fabrication de populations inutiles. Au Sud, il est urgent de désamorcer ce processus et il devient vital de produire du pouvoir d’achat pour le plus grand nombre. Le simple affranchissement de la production qu’occasionne la compétition ne saurait suffire. Nous sommes en présence de marchés saturés et d’autres émergents, devant des externalités négatives de plus en plus destructrices dont la plus grande est celle qui subjugue le monde aujourd’hui : le mouvement des populations inutiles. Ce serait de plus, fermer les yeux sur les forces qui vont gouverner une telle production.

La difficulté c’est que tous les systèmes sociaux n’ont pas les mêmes ressources pour équilibrer équité et efficacité. Les systèmes complexes et anciens souffrent de rigidités. Les vieilles sociétés riches développent une forte aversion au risque. Elles préfèrent investir là où il n’y a pas de croissance plutôt que là où elle est risquée, mais certaine. Les sociétés jeunes et émergentes souffrent de telles dispositions externes, mais surtout de la faible confiance en elle-même. Elles manquent du courage qui pourrait les mettre sur la voie de la réussite. Un tel défaut de confiance nourrit celui des sociétés vieillissantes. Le monde est donc tributaire de la confiance de la jeunesse du Sud aujourd’hui si désespérée.

La libéralisation après l’échec de la socialisation n’est pas crédible et n’a la confiance d’aucune force sociale non capitaliste. On ne peut plus opposer libéralisation à socialisation comme on avait coutume de le faire avec l’étatisme. La compétition économique et celle des systèmes sociaux à travers elle, nous apprennent qu’elles se conjuguent différemment. La Chine qui semble brouiller les catégories occidentales en donne le plus brillant exemple [5]. Et ce n’est pas aujourd’hui en privatisant les entreprises et services publics, en vendant le patrimoine public, en n’ayant jamais été tenu responsable d’aucun compte ou presque, qu’on améliorera le potentiel productif et le pouvoir d’achat de la société. Ni dans l’immédiat ni dans un futur envisageable. Il constituerait un aveu d’échec ou de trahison de la société dominante issue de la guerre de libération. Le socialisme, l’autogestion comme antichambre du capitalisme ? Une expropriation de la société menée à l’usure ?

La promesse d’un retour de la croissance après une libéralisation, un dégraissage de la fonction publique et des privatisations, contraindra la société à certains efforts, mais n’améliorera pas ni la conduite des affaires ni l’état de la société. La Grèce attend toujours. Il reste que l’Etat devra rééquilibrer ses comptes pour retrouver quelque autonomie et assurer quelques services de base. Non sans quelque violence, les mécanismes n’étant pas à point. La société devra en payer le prix, la question est de savoir si elle disposera de la résilience suffisante pour supporter les coûts d’une telle restructuration. La Grèce à l’intérieur de l’Europe a beau souffrir, ses dérèglements sous surveillance sévère ont été contenus. La pilule est amère, mais un ordre se met en place. Un État africain défaillant au contraire ne pourra pas disposer d’un cadre qui le protègera de ses faiblesses. Les institutions internationales (FMI et Banque mondiale) issues de Bretton Woods ne sont plus suffisamment crédibles, ce qu’elles disent (défense des services publics) ne s’accorde pas avec ce qu’elles font (endettement et privatisations). Jusqu’à l’Asie qui a fabriqué un semblant de banque mondiale et à l’Europe, qui pense à fabriquer son FMI.

Après avoir vécu du mythe du développement, ce n’est pas celui de la croissance à tout crin que l’on nous vend qu’il faudra subir. La croissance n’apportera pas le bien-être, la sécurité sociale. Elle accroitra la concentration des patrimoines, les inégalités et les personnes inutiles. La priorité doit être la cohésion sociale, l’équité sociale : l’inclusion d’abord, l’efficacité ensuite. Au Nord on pourra procéder inversement parce que jouissant d’un fonds longtemps accumulé pour la solidarité, au Sud pas du tout. Une telle priorité voudra s’imposer avec ou sans la croissance, mais à défaut de l’adopter, ses coûts apparaitront croissants et ses rapports incertains.

Conditions de réussite

Pour qu’une telle politique réussisse, produire pour accroître le pouvoir d’achat social, nous avons besoin de bonnes institutions. C’est la coopération entre de bons politiques, de bons citoyens et de bonnes élites de l’argent et du savoir qui pourront construire de bonnes institutions. Et ce sont de bonnes institutions qui permettront d’entretenir de bons rapports de la société avec elle-même et ses élites.

Toutes les élites, politiques ou spécifiques (de l’argent, du savoir et de la religion), portent des offres qui espèrent répondre à des demandes sociales. L’asymétrie des ressources entre le monde et la société, l’Etat et la société, fut tellement disproportionnée que les élites se chargèrent de la production des demandes sociales. Il n’en est plus de même aujourd’hui avec la globalisation, une large éducation de la société, une nouvelle répartition sociale des ressources et le déséquilibre entre les ressources et les besoins chez une partie importante de la population. Les élites ont contribué avec le monde à former des demandes qu’elles ne peuvent plus définir et satisfaire. Le constat est parlant : nos offres et demandes sont désarticulées et se caractérisent par des propensions à importer nos consommations et à exporter nos capitaux.

La société ne peut plus se décharger sur les élites, politique ou autre, comme était contrainte de le faire celle de l’indépendance : elle a la demande en charge. Les élites ne sont de son point de vue que des ressources pour produire et ajuster ses demandes et ses offres, elles sont une production de ses volitions et de ses accords avec le monde, des bornes et des repères sur le chemin de sa progression. Il lui en coûterait d’en faire ses boucs émissaires. Les élites auront des offres en charge, elles ne pourront plus se donner les demandes sociales qu’elles devront composer avec la société et le monde. Chacune devra disposer d’une certaine autonomie, la société saura ce qu’elle veut et ce qu’elle peut, devra être en règle avec ses préférences, et les élites, passerelles sur le monde, en mesure d’expliciter ces demandes et de les traduire en offres précises.

On se rend compte qu’il ne saurait y avoir de discontinuité entre la fabrication de la demande par la société et celle des offres par les élites particulières, celles-ci surgissant de celles-là, toutes deux, résultant d’un dialogue entre elles et avec le monde. Les offres ne faisant que déplier des demandes présentes et futures, qu’approfondir, préciser les demandes sociales en consommations, épargnes et investissements. Il ne doit pas y avoir production séparée de la demande et de l’offre, mais travail de l’une sur l’autre, transformation de l’une dans l’autre, différence puis identité. Tout comme il ne devra pas y avoir séparation a priori de la production locale de celle mondiale. Ce que nous produirons pour nous sera ce que le monde ne pourra pas produire pour nous.

Les élites empruntent au monde, innovent et partagent avec la société dans un même mouvement. Nos universités ont rendu possible un tel partage, envisageable une demande sociale autonome, mais pas encore l’existence de telles élites et donc le dialogue qui rend possible la production de demandes et d’offres pertinentes. Le raisonnement se complique quand il passe du cas théorique d’une économie fermée à celui réel d’une économie ouverte. Nous aurions dû apprendre à produire ce que le monde consomme pour obtenir les ressources qui nous mettent en situation de pouvoir définir notre demande et celle du monde. Car avec la globalisation, notre demande ne peut plus être isolée de celle du monde. On peut ainsi dire que notre demande n’a aucune chance d’être satisfaite si elle ne se définit pas comme une part active d’une autre africaine qui se définit elle-même comme la part d’une autre mondiale. Tout comme l’offre qui lui répond ne peut exister sans faire partie d’une offre africaine, elle-même une part d’une autre mondiale. Nous avons ainsi situé ce que peut signifier une politique de l’offre, une politique qui nous rend capables d’être partie prenante d’une production mondiale pour être en mesure d’être partie prenante d’une demande mondiale. Il reste cependant qu’une politique de l’offre qui fasse abstraction d’une demande sociale n’obtiendrait pas les ressources qui la rendraient capable de faire partie d’une offre mondiale. Les sociétés africaines doivent projeter leurs ressources dans cette offre pour qu’elle puisse porter la promesse de leur consommation différée. Tout comme celle de l’offre et de la demande, nous aurions tort de séparer la production locale de celle mondiale, ou la société de l’économie. L’économie, la globalisation ne sont que des façons pour les sociétés et le monde de s’accomplir.

Autrement il y aurait chevauchement de compétences, confusion des tâches et abus d’autorité. La société donne, avec ses croyances et ses désirs, ses habitudes, ses institutions et ses penchants, ce de quoi fabriquer une élite et ce de quoi réussir. Une élite donne à une société l’exemple qu’elle pourra et voudra suivre. L’élite évolue avec la société, n’innove que pour être imitée, ne s’en détache que pour être rattrapée.

L’élite politique et son espace, est celle qui rend possible la construction des offres par les autres élites et la société, celle qui prolonge les demandes de la société pour qu’elles soient transformées par les élites et réincorporées par la société. Elle a la responsabilité de la fonction de synthèse qui accorde le monde, la société et ses élites. Le tout doit évoluer ensemble, dans un certain ordre, une partie précédant l’autre pour être rattrapée. La hiérarchie sociale entre les différentes fonctions, politique, militaire, économique et culturelle doit être fonctionnelle. C’est parce que la fonction politique a cette fonction de médiation générale et qu’elle est le lieu où la société se rend des comptes à elle-même qu’elle a la prééminence sur une autre fonction. De bons citoyens, militaires, hommes d’affaires, scientifiques ou religieux peuvent faire de bons politiques dès lors qu’ils peuvent s’approprier les points de vue particuliers des autres élites du point de vue de la société avec laquelle ils ont en charge de partager les fins. Aussi disposent-ils d’une compétence toute particulière : une fonction de synthèse sociale.

Une partie notable de la société peut être en avance sur ses élites, celles-ci trahissant leur vocation pour leurs intérêts immédiats. La société alors se dissocie pour conserver une base sociale aux anciennes élites et donner une autre aux nouvelles. Une telle dissociation peut durer longtemps si elle peut rester soutenable. La société a besoin de facilitateurs qui puissent lui simplifier la vie. Dès lors que la vie devient difficile, ses élites lui pèsent. Avec des besoins croissants, elle ne peut subsister dans un état stationnaire ou chaotique, elle a besoin de changer d’habitudes et de modèles. Des élites peuvent établir des monopoles durables pour défendre leurs intérêts, elles ne feront qu’accroître le fossé qui les sépare de la société, de nouvelles élites alors émergeront pour précéder et répondre à la demande sociale. Une société qui n’est pas en mesure de renouveler ses élites ou qui en est empêchée ne peut pas leur conserver leur vocation d’exemplarité.

Nous pouvons donc conclure qu’une bonne politique ne peut séparer absolument production et répartition, offres et demandes sociales, productions locales et mondiales. Elle doit être en même temps le fait d’institutions inclusives qui résulteraient de la coopération de bons citoyens, de bonnes élites spécifiques et de bons politiques et qui permettront ensuite à la société de fonctionner à leur diapason sans sacrifier l’équité à l’efficacité.

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