Rêves et Cauchemars….Ce qu’en pense la science…..

Ce que les dormeurs agités nous enseignent

Se lever au milieu de la nuit pour se défendre en rêve face à un danger imminent, pousser un cri, ou encore tomber du lit… La science s’intéresse aux personnes qui souffrent d’un sommeil agité. Isabelle Arnulf, neurologue, nous en dévoile les dernières découvertes.

 

The Conversation

Ce que les dormeurs agités nous enseignent sur nos rêves et cauchemars

 

Des cauchemars agités vers la cinquantaine ,Attaqué par des caïmans, il brandit sa table de nuitL’espoir de faire disparaître les symptômes de ParkinsonLes « non-rêveurs » rêvent mais ne s’en souviennent pas


« Docteur, j’ai fait un rêve cette nuit. Dans ce rêve, j’étais assis à l’arrière d’un bus. Et voilà que monte un grand type, méchant, costaud… Il s’avance, va au premier rang et étrangle le premier passager. Puis il va au second rang et tue le passager suivant. Moi je suis au fond, j’ai peur, je me cache derrière mon siège. Je me dis que je vais mourir. Je me glisse entre ses jambes, la porte du bus s’ouvre, je saute. Je me réveille sur ma descente de lit, par terre. Je me suis fracturé le poignet ».

Ce rêve nous a été raconté par un patient, dans notre service des pathologies du  sommeil, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Est-il normal de faire un tel cauchemar ? Oui. Contrairement à ce qu’on peut penser, nos rêves dramatisent beaucoup notre quotidien, ils simulent souvent des menaces – on pense même qu’ils servent aussi à ça, anticiper les épreuves et nous y préparer.

Ce qui n’est pas normal, en revanche, c’est de tomber du lit. Habituellement quand on dort, on est calme, on ne bouge pas. Mais alors que se passe-t-il ? Prenons l’exemple d’un autre patient, endormi dans notre laboratoire et filmé durant son sommeil. Il rêve qu’il est attaqué par des ptérodactyles (voir les images dans la vidéo). Il protège son visage avec ses bras, puis il se défend avec son oreiller.

Ce patient est dans le sommeil paradoxal, celui où on fait des rêves déjantés. Le sommeil paradoxal a été découvert par Michel Jouvet, grand scientifique qui nous a quittés l’an dernier. On l’appelle « paradoxal » car normalement, durant cette phase, le cerveau demeure en ébullition alors que les muscles, eux, sont activement bloqués. Cette phase dure au plus 20 minutes, sur un cycle de sommeil de 90 minutes.

Les réactions de l’individu sont alors inhibées. Dans le cerveau, une sorte de « verrou » paralyse les muscles et empêche le dormeur d’extérioriser son rêve. Ce verrou  a été identifié en 2016 par notre équipe à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM). Il est situé au milieu du tronc cérébral, dans la partie basse du cerveau, et permet que nos rêves restent dans notre tête.

Or chez certaines personnes, ce verrou ne fonctionne plus. On ne sait pas encore le réparer, mais on peut malgré tout apaiser leurs nuits, éviter qu’elles se blessent ou blessent leur conjoint.

Des cauchemars agités vers la cinquantaine

Depuis 20 ans, nous suivons ces personnes  qui ont des cauchemars agités vers l’âge de la cinquantaine. Dans la journée elles sont très bien, et aussi très bien dans leur peau. Ce qu’on a découvert, c’est que quelques années après, une partie d’entre eux développe la  maladie de Parkinson, caractérisée par la destruction d’une population spécifique de neurones. Celle-ci se manifeste généralement par une lenteur des mouvements et des tremblements.

Dans les six ans qui suivent le diagnostic de ces cauchemars agités, la moitié des patients déclare une maladie de Parkinson, selon l’ étude publiée par une équipe de Barcelone en 2014. D’un côté, c’est une mauvaise nouvelle, car ça veut dire que le trouble est souvent annonciateur de cette maladie.

Mais de l’autre, c’est une bonne nouvelle, car avec la personne concernée, on va avoir une fenêtre de six ans environ pour essayer tout ce qui peut la protéger du développement de cette maladie, par exemple de l’exercice physique. Les chercheurs testent ainsi un anticorps pour essayer d’attraper le produit toxique – l’ alpha-synucléine – qui s’accumule dans le cerveau et provoque la maladie.

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